jeudi 8 novembre 2012

Exhibition in London


L'art du Portrait


“L’art du portrait”
Ou
Le portraitiste, peintre de l’âme humaine

Cette exposition, essentiellement composée de portraits, offre des œuvres par lesquelles des femmes s’incarnent au travers d’une expression singulière. Par cet acte de monstration, elles, sujet et objet simultanément, se donnent à voir au regard du spectateur passant.
Ce qu’elles disent, montrent, nous échappe continuellement. C’est leur expression toujours ambiguë que je tente de saisir intuitivement pour ensuite l’offrir au regard par la médiation du portrait.
Ne vous est-il jamais arrivé, devant un portrait, d’avoir le sentiment étrange et troublant que lui aussi vous observe en train de le regarder ? Que veut-il vous avouer, vous raconter ou vous remémorer ? L’envers du « portrait de Dorian Gray ». Ici le portrait ne vieillit pas mais il tente par l’illusion d’exister et de vous dévoiler cet instant d’un « existant » à jamais incarné dans la toile.
Mesurez alors toute la distance avec une photographie qui arrête le temps, qui rigidifie et immobilise irrémédiablement l’instant. Le portrait se veut plus souple, fluctuant, moins exacte, hors du temps. Il laisse ainsi une certaine liberté au sujet représenté par l’œil du peintre. Il existe, jamais exactement le même, toujours un peu autre.
Caroline Guth

jeudi 19 avril 2012

Voyage au cœur de l’art contemporain

Voyage au cœur de l’art contemporain

Premier acte : Visite de la Saatchi Gallery


Ce jeudi 29 mars 2012, nous (plusieurs passionnées d’art) sommes allées visiter une des expositions de la Saatchi Gallery de Londres afin d’approfondir toujours davantage notre connaissance et… compréhension de l’art contemporain.
En résumé, trop peu de surprise. Qu’est-ce qui motive un artiste aujourd’hui ? A regarder de près, on a le sentiment que seule la reconnaissance est visée. Vous me direz que cela a toujours été ainsi et que le mythe de l’artiste révolté et torture n’est qu’une posture, un habit d’apparat.   
Oui ! L’humain est essentiellement superficiel, vaniteux et il adore les cadres et les codes afin de s’assurer une reconnaissance, d’où peut-être ce sentiment étrange de toujours voir la même chose malgré la diversité grouillante de l’art contemporain et actuel. Au fil de cette visite nous avons eu une belle leçon d’académisme contemporain.
Ces artistes sont prolixes, ils adorent faire des références a l’art moderne, s’interroger sur les souffrances actuelles, les impasses de la société et des politiques. Mais vivent-ils vraiment ce qu’ils dénoncent ? Pour certains, oui ! Mais pour l’ensemble ?? Rien n’est certain.
Et les critiques, ne ressemblent ils pas parfois voir trop souvent  à des promoteurs plutôt qu'a des esprits libres et critiques ? N’oublions pas que « Sans la liberté de blâmer, il n’y a pas d’éloge flatteur » (Beaumarchais). Ce qu’il serait bon de rappeler à certains artistes !!! Car de nos jours, il semble toujours aussi difficile de critiquer. Des artistes, comme Damien Hirst, n’hésitent pas à crier au scandale dès qu’un jugement négatif ose être émis sur leurs œuvres. Pourtant, ils n’ont souvent rien des artistes maudits (HIRST pour ne citer que lui, un des premiers du top 10 du marché de l’Art contemporain), c’est peut-être cela le problème d’ailleurs LOL !?
A suivre……

lundi 2 avril 2012

L’art est-il une simple activité technique ?


L’art et la technique semblent d’abord s’opposer dans leur façon de se rapporter à la réalité.
La technique prend pour règle l’efficacité. De son point de vue, tous les moyens d’agir sur la réalité sont bons pourvu qu’ils soient efficaces. La volonté de maîtrise qui l’anime réduit toute chose à l’usage ou à la consommation qu’on peut en faire. La technique est donc intrinsèquement utilitariste et instrumentaliste.
L’art, au contraire, agit sur notre sensibilité et nous oriente vers un idéal désintéressé, qui ajoute une dimension spirituelle au monde de l’homme. Alors que les objets techniques sont consommables et périssables, les œuvres d’art, écrit Hannah Arendt, parce qu’elles sont symboliques, échappent à l’usure du temps. Elles assurent ainsi la permanence et la consistance du monde humain. (Condition de l’homme moderne, Agora, Pocket, pp.222-223)
L’art qui vise la création du beau s’affranchit donc de l’utile, et d’une fin déterminée à l’avance. L’esthétique kantienne insiste à la fois sur la liberté de l’artiste et sur l’impossibilité d’expliquer la beauté par la correspondance avec une finalité. La beauté offre une impression de complétude, de totalité, sans qu’une idée puisse justifier ce sentiment. (Kant, CFJ)
Néanmoins une question subsiste: du fait qu’il se consacre à une activité spirituelle, l’artiste peut-il se passer d’un savoir-faire technique ? Peut-on au contraire le juger sur son habileté à travailler le matériau auquel il veut donner une forme ?
(Platon, ION, 534 e)
Socrate s’avoue parfois inspiré par une puissance quasi divine qu’il n’a plus qu’à laisser parler à travers lui. Il estime qu’il en va de même pour certaines formes de poésie, qui relèvent d’une pure inspiration et n’exigent aucun savoir-faire. « Il n’y a en ces beaux poèmes rien qui soit humain ; ils ne sont pas non plus l’œuvre des hommes, mais ils sont divins et l’œuvre des dieux, les poètes n’étant de leur côté que les interprètes de ces derniers et possédés de celui qui aura fait de chacun d’eux sa possession. »
Le terme de création évoque une sorte de pouvoir divin, tandis que celui de production suppose l’application stricte de règles, une technique appliquée à un matériau.
L’art est-il alors création ou production ? Bien des artistes auxquels on reconnaît du génie, comme Léonard de Vinci, ont refusé de s’enfermer dans ce choix. Ils n’ont pas hésité à rédiger des traités dans lesquels ils s’efforcent de transmettre des conseils pratiques, des procédés qu’ils tirent souvent des données scientifiques et techniques de leur époque. L’historien de l’art Henri Focillon considère que : « les matières comportent une certaine destinée, ou, si l’on veut, une certaine destinée formelle. Elles ont une consistance, une couleur, un grain. Elles sont forme et appellent, limitent ou développent la vie des formes de l’art. » (Vie des formes, PUF)
Il faut savoir par ailleurs que la différence entre l’artisan et l’artiste n’a pas toujours existé. Elle s’est imposée progressivement en Europe entre le 16e et le 20e siècle.
Deux caractéristiques distinguent l’artisan de l’artiste tels que nous les concevons. La première est que l’artisan ne vise pas la beauté pour elle-même, mais qu’il a un but utile, qui peut être de nature pratique, religieuse ou magique. La seconde est que l’artisan applique des conventions et des règles déjà établies, sans avoir à innover et à modifier le langage des formes. Mais la distinction n’est pas toujours apparente car l’artiste travaille lui aussi à l’intérieur des conventions qu’il les partage avec son époque ou qu’il se les donne lui-même, et l’artisan, de son côté, peut faire preuve d’innovation.
L’art égyptien, par exemple, doit-il être attribué à des artistes ou à des artisans ?
Champollion, qui a ramené la statue Karomama d’Egypte, la considère comme un chef d’œuvre artistique, alors que son auteur y a inscrit ses intentions, qui semblent étrangères à celles de l’art ( « puisse Karomama, demeurer vivante et jeune, couronnée sur le trône de la déesse Tefnout à jamais » musée du Louvre).
« Les beaux-arts sont les arts du génie ». Kant entend par ce terme une disposition innée de l’esprit, « le talent qui donne les règles à l’art ». De ce point de vue l’artiste est donc un être ayant reçu un don exceptionnel, un créateur de formes originales, qui ne sait pas lui-même comment il réalise son produit. L’artisan, au contraire, applique des règles déjà existantes, mais ne les invente pas. Cette « explication » de l’art par le génie inné de l’artiste présente l’inconvénient de n’expliquer ni les sources ni les mécanismes de l’invention des formes.
Nietzsche en déduit que c’est par vanité que nous, les non artistes, rendons hommage au génie. Cela nous excuse de n’être pas créateurs, sans nous avouer que nous ne voulons simplement pas faire le travail patient auquel s’astreint celui qui nous parait génial.
Mais alors que Kant estimait que l’artiste, inspiré par son génie, ne peut pas concevoir d’œuvres en suivant un plan qu’il s’est donné, comme si toute idée de procédé était étrangère à l’artiste, certains d’entre eux se réfèrent explicitement à leurs procédés d’expression. Par exemple, Van Gogh écrit qu’il cherche à « exprimer la pensée d’un front par le rayonnement d’un ton clair sur un fond sombre ». Ce débat reste inscrit à l’intérieur d’une tradition issue de la Renaissance, selon laquelle est appelé artiste l’auteur d’œuvres originales et uniques dignes d’être contemplées pour elles-mêmes.